Couverture du livre "La route hors du monde - Partie 3 : au bout du chemin" - Charlie Clé

[attention Spoiler alert]
[attention si vous n’avez pas lu le livre, cet article n’aura ni queue ni tête]
La Route hors du monde – Partie 3 : Au bout du chemin

« Au bout du chemin », le troisième tome de La route hors du monde, devait initialement s’intituler « Ceux qui nous mèneront jusqu’au bout du chemin », en référence aux animaux qui vont tour à tour guider les derniers voyageurs dans leur expédition. Dans le chapitre « La ferme des animaux », chaque voyageur se voyait attribuer un animal. Ugo le beauceron, l’oison qui deviendra Grosmouillé, Jade et Gala les inséparables ainsi que la corneille Ambivalence avaient été respectivement attribués à Brian, Antoine, Célia et Florentin.

Lou Anne était représentée par Moustik, un chat parvenu à attendrir le fort et fier Ugo. Sonia, elle, était représentée par une tortue à la carapace trouée.
« Bellisara a supporté des épreuves difficiles, elle n’en est ressortie que plus forte », commentait alors la vieille dame.

Bellisara avait même un chapitre à son nom « Au bout du chemin de Bellisara ». Celui-ci se positionnait juste après qu’Antoine ait abandonné le groupe, contraint de rester éternellement avec un vieil homme et un troupeau d’oies, laissant ses compagnons de voyage au désespoir.

Dans la version finale du roman, l’adolescent est parvenu, après des dizaines et des dizaines de pages, à toucher le cœur de Sonia, à l’attendrir, à l’émouvoir. Cette dernière, ne trouvant plus aucun sens à poursuivre le voyage sans lui, décide alors de prendre un autre chemin et part seule de son côté, sans que l’on sache ce qu’il advient d’elle.

La version initiale lui prévoyait une fin différente.
Après le départ d’Antoine, Célia, Lou Anne, Sonia, Brian et Florentin rencontrent l’homme en noir. Celui-ci les fait entrer à l’intérieur du rempart dans lequel, comme dans la version finale, se trouvent trois hommes installés derrière une longue table en bois. Mais au lieu de simplement passer devant cet étrange trio, les voyageurs sont arrêtés par les trois hommes qui leur imposent une ultime épreuve. Pour pouvoir poursuivre leur chemin, ils doivent sacrifier l’un d’entre eux, et pas n’importe comment : en marchant sur des charbons ardents.

Les notes que j’ai prises à cette époque (2009 apparemment) sont alors assez brutes :
« C’est Sonia qui s’y collera, pour la bonne raison qu’ils ont décidé de réagir selon leurs animaux respectifs, et que sa tortue est en train de crever à cause de la chaleur. Si Sonia veut que son animal vive, il faut que l’un d’eux se désigne rapidement, alors elle s’autodésignera. Sauf qu’elle ne se contentera pas de marcher, elle restera fière jusqu’au bout. Et ça s’appellerait Au bout du chemin de Bellisara. »

Cette scène était par ailleurs inspirée d’un bout de texte sorti de nulle part (comme le poème et l’énigme qui ont guidé les voyageurs !) :
« Elle danse sur des charbons ardents
Elle danse jusqu’au sang
Elle chante, elle danse
C’est la beauté dans la souffrance. »

Ce passage a bien été écrit dans la première version du roman.
C’est là que ma Première Censure (ma mère et ma sœur, mes relectrices n°1) a fait son œuvre : la scène tombait trop dans le dramatique, manquait de cohérence avec le personnage. En plus, le fait d’attribuer un animal à chacun des personnages paraissait un peu artificiel.

J’ai donc fait le choix de retirer cette scène et de réécrire la fin de Sonia. Au passage, Moustik, le chat de Lou Anne, qui n’avait finalement d’autre utilité que représenter la fillette, a également été effacé.

Il n’est pas facile de supprimer complètement tout un chapitre de livre que l’on a passé du temps à écrire, à relire, mais surtout, que l’on a imaginé, visualisé. Au lieu de finir par une action héroïque, Sonia s’est contentée de s’en aller à pied. Mais c’est tout l’intérêt de ma Première Censure, que je ne remercierai jamais assez : mettre le doigt sur ce qui ne va pas, m’obliger à y réfléchir. Après, à moi de prendre mes décisions.

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