Il y a 2 mois, je vous ai partagé L’histoire-pas-encore-écrite du Bruit de la colonne 8. C’est la première nouvelle que j’ai écrite seule et proposée à des lecteur.ices en-dehors du cercle familial. Je l’avais soumise à un concours, elle a été recalée, du coup je l’ai partagée ici.
Si vous ne l’avez pas lue, il n’y a pas grand intérêt à poursuivre la lecture de cet article.
Si vous l’avez lue, que vous l’ayez aimée ou pas, j’avais envie de vous en dire plus à son sujet. Pourquoi cela me tient-il à cœur ? Parce que c’est une histoire vraie.
Cette histoire d’un Bruit qui attise la curiosité, qui fait parler de lui, qui dérange, qui agace, jusqu’à déclencher une modeste mais véritable enquête intergénérationnelle, a réellement eu lieu.
On ne saluera donc pas l’imagination de l’autrice sur ce coup-là, au mieux pourra-t-on reconnaître qu’elle a eu une bonne idée de prendre notes de ce qui s’est passé « à l’époque ». Oui, « à l’époque », car au moment où j’écris cet article, au moins 13 ans se sont écoulés depuis l’histoire de la colonne 8.
J’ai eu la chance d’habiter pendant deux ans et demi dans cette résidence intergénérationnelle et d’y rencontrer Suzanne, Paulette, Anaïs, Claire et les autres. Deux ans et demi de complicité qui ne regarde pas l’âge, que j’ai essayé de retranscrire dans cette nouvelle limitée par un nombre de signes.
J’ai fait le choix de m’arrêter sur cet évènement bien particulier, ce Bruit, parce que cet épisode me semblait à la fois drôle et original, un peu mystérieux, venant forger, durant ses quelques semaines d’existence, une identité, une reconnaissance, un lien particulier aux résidentes de la Colonne 8.

J’en ai profité pour évoquer les apéros-tricot, effleurer les ateliers décos, tourner quelques pages des lectures à voix haute.
Je ne les avais pas oubliés, ces heureux moments, mais les écrire m’a rappelé tout ce qu’ils m’ont apporté, la force des émotions qui les ont accompagnés.
Ce ne sont pas comme des affaires rangées dans des cartons au grenier que l’on aurait redécouvertes avec joie plus ou moins par hasard. Plutôt comme les décorations sur le dessus de la cheminée ou le haut d’un meuble devant lesquels on passerait quotidiennement sans plus vraiment les voir, et que l’on prendrait le temps, un jour, de dépoussiérer avec bonheur pour leur redonner leurs couleurs d’origine.
Mais ici, combien d’autres souvenirs dépoussiérés qui ne figurent pas dans l’histoire de la colonne 8 ?
Deux ans et demi, ça ne paraît pas une si grande période. Techniquement, cela représente à peine 1/16ème de ma vie.
Pourtant, les souvenirs y sont très concentrés. Les personnes que j’y ai croisées, j’ai l’impression de les avoir connues longtemps. Se croiser au quotidien y est probablement pour quelque chose. Et tous ces moments que nous nous sommes créés, à nous, ont fait le reste.

Des moments précieux que j’hésite à évoquer ici, par crainte de n’en dresser qu’une liste qui n’aurait de sens que pour moi, de ne pas transmettre la saveur et l’importance qu’ils conservent en mon cœur. Il faudrait plutôt les écrire, pour de vrai, les décrire, raconter ces liens qui se sont tissés, narrer les rigolades, les désaccords, la manière dont ils ont construit ce groupe « interG ». Mais à part l’histoire de la colonne 8, je n’ai pas pris de notes de cette période, trop occupée que j’étais à la vivre. J’écrivais déjà, pourtant. C’est la période où est paru Vivre pour gagner et où je débutais l’écriture de la saga Masaka, toujours pas publiée à ce jour (mais je ne désespère pas !). Mais je n’aurais pas eu l’idée de conter les petits bonheurs d’une vie quotidienne. C’est peut-être aussi pour cela que cette nouvelle recalée portait sur ce Bruit de la colonne 8 : c’était le seul épisode de cette période qui aurait pu dévier vers le monde de l’imaginaire, dans lequel je suis bien plus à l’aise !
Pour en revenir à ce Bruit, plusieurs lecteur.ices m’ont exprimé leur interrogation (« mais au final, c’était quoi ce Bruit ? »), voire leur léger agacement (« c’est quand même frustrant de ne pas savoir ! »).
Je vous l’ai indiqué dès le début de cet article : ceci est une histoire vraie.
Les dialogues, la description des lieux, des personnes, jusqu’à l’intervention de Founotte, ont été à peine romancés. Il y a une prise de liberté voulue, elle concerne les ateliers entre « jeunes et mamies » : l’atelier déco n’a pas eu lieu sur la même période que la lecture à voix haute.

Il y a probablement quelques petites erreurs de remémoration des faits, mais rien qui ne modifie véritablement l’histoire. Et la fin est pareille à tout le reste : vraie. La vérité est que nous n’avons jamais su ce dont il s’agissait. Le Bruit a fini par cesser. C’est tout. Frustrant pour nous aussi. Ayant disparu de nos oreilles, il a également fini par disparaitre de nos conversations quotidiennes. Nous sommes passées à autre chose.
Puis ce sont les jours qui sont passés. Les semaines. Les mois. Il a fallu commencer à dire au revoir.

Au revoir aux « jeunes » qui quittaient la résidence pour, ailleurs, poursuivre leurs études, rechercher leur premier travail, s’installer dans un appart’ plus grand. Peut-être que certains auront lu cette nouvelle et se seront reconnus, pas forcément eux-mêmes en tant que personnes, mais dans l’ambiance, les échanges, cette proximité, dans ce hall d’accueil qu’ils ont traversé des centaines de fois.
Au revoir aux « mamies » qui quittaient aussi la résidence, mais pour un ailleurs depuis lequel elles ne pouvaient plus échanger de nouvelles, nous recevoir pour les apéros-tricot ou essayer de nous extirper, avec un sourire espiègle, des confidences dans l’espace exigu d’un ascenseur susceptible de tomber en panne.
Ces au revoir sont aussi des moments précieux. La tristesse qu’ils ont engendrée reflétait l’attachement, simple mais profond et sincère, que nous nous portions. L’incarnation, dans mon parcours, de cette certitude que l’amitié n’a pas d’âge.
Si je pouvais dédier une nouvelle, celle-ci serait pour vous, « jeunes et moins jeunes » qui avez ensoleillé ma vie en résidence autonomie.
