Peut-être, en tant que lecteurs, lectrices, êtes-vous déjà allé faire un tour sur des salons du livre. Parfois, c’était volontaire, vous étiez venus pour cet évènement, peut-être même pour voir un auteur précis, d’autres fois vous êtes tombé dessus par hasard et vous vous êtes dit : « allons voir ce qu’il y a là-bas ».
Dans vos déambulations entre ces rangées de livres et de gens qui les ont écrits, peut-être n’avez-vous pas prêté attention à cet auteur* au regard fuyant, qui vous a dit « bonjour » avec un sourire hésitant (parce que quand même, on est poli) et s’est empressé de tourner la tête juste après. Cet auteur, il est possible que ç’ait été moi, ou un ou une de mes homologues timides.
Quand j’ai commencé à écrire, je le faisais avant tout pour moi, parce que c’était une activité que j’aimais. Imaginer, visualiser, mettre en mots. J’aime toujours autant écrire, sauf que j’ai aujourd’hui conscience que je n’écris pas uniquement pour moi, mais aussi pour les lecteurs potentiels.
De même, quand j’ai commencé à écrire, je n’imaginais pas devoir vendre mon livre. Je n’avais pas la prétention de croire qu’il se vendrait tout seul ! Je n’avais tout simplement pas réfléchi à la question. Et pour vendre, faire de la com’, une des possibilités est de participer à des salons. Cela permet de se faire connaître, parait-il.

La première fois que j’ai participé à un salon, je me sentais un peu stressée, mais aussi fière, honorée, pleine d’espoir. J’avais emmené plein de livres, persuadée que dans cet espace dédié aux rencontres entre auteurs et lecteurs j’allais faire de belles ventes.
Seulement voilà, écrire un livre et savoir en parler sont deux choses bien différentes. Je n’étais absolument pas préparée à être confrontée au regard des visiteurs, parfois eux-mêmes très gênés de se sentir observés, regardant les livres de loin, n’osant pas approcher.
Et ces histoires que j’avais relu tant de fois, que j’étais fière d’avoir mises en mots… Exposer ces histoires à la vue de tous m’a fait terriblement douter : avais-je vraiment de quoi en être fière ?
J’étais incapable d’établir un dialogue avec les personnes qui passaient ou de leur proposer de lire la quatrième de couverture, alors que d’autres auteurs les interpellaient, leur posaient une question qui permettait de débuter une discussion (ou pas). Il était évident que mes voisins les plus à l’aise et les plus loquaces faisaient de meilleures ventes, mais je restais incapable de les imiter.

Je ne décris plus seulement mon premier salon mais aussi tous ceux qui ont suivi. Le doute, l’embarras, et clairement la timidité, ont transformé ces moments destinés à la découverte et au dialogue en journées longues, ennuyeuses et stressantes. Longues et ennuyeuses car être assise toute une journée derrière une table à regarder passer des gens, en espérant qu’ils vous parlent et en même temps en espérant qu’ils ne vous remarquent pas, c’est plutôt long et ennuyeux. Précisons quand même que ces ressentis n’ont absolument rien à voir avec les organisateurs, qui eux sont souvent très chaleureux, motivés et impliqués, qui se plient en quatre pour que tout se passe bien, et qui sont parfois presque plus navrés que nous lorsqu’il n’y a eu que peu de ventes. Un très grand merci à eux de se démener pour faire vivre ces moments !
Les salons ont aussi été l’occasion de connaître d’autres auteurs, autoédités ou pas, de discuter de nos difficultés respectives, de nos ouvrages, un peu de nos vies, parfois (sur certains salons, le public n’était pas du tout au rendez-vous, cela laissait beaaauucoup de temps pour parler entre nous).
Du fait de ce manque d’assurance, je suis fascinée par ces auteurs et autrices qui n’hésitent pas à tenter leur chance, qui semblent indifférents à d’éventuels réponses négatives, blasées, voire dédaigneuses (moi qui écris du fantastique, j’ai droit au moins une fois lors de chaque salon généraliste à une petite grimace hautaine, qui laisse entendre non pas que la personne n’aime pas ce style (après tout, chacun ses goûts !), mais qu’elle le juge inintéressant ou mauvais). Fascinée, parfois agacée de les entendre répéter des dizaines de fois la même phrase d’accroche, et bien sûr un peu jalouse de ne pas avoir leur allant et leur assurance.
Pour ma part, je repars encore régulièrement des salons avec un sentiment d’échec. Bien que j’aie (un peu) progressé avec les années, accrocher un regard, présenter un de mes livres, proposer de lire la quatrième de couverture, reste difficile. Peut-être que cela viendra avec le temps. Ou pas. Car si je suis prête à faire quelques efforts, je ne souhaite pas pour autant changer complètement ma façon d’être.
Quoi qu’il en soit, si vous déambulez sur un salon du livre et que vous apercevez un auteur, une autrice, qui vous dit « bonjour » du bout des lèvres, détourne les yeux et fait comme si vous n’étiez déjà plus là, soyez indulgent/e : les salons quand on est timide, ce n’est vraiment pas facile !
*J’utilise rarement l’écriture inclusive, pour une meilleure fluidité de lecture, mais on est bien d’accord que je parle aussi bien des auteurs que des autrices.
