« Pireloir ».
Qu’est-ce qui peut bien se cacher derrière un nom pareil ? C’est également l’interrogation de Camille, l’héroïne de ce livre pour enfants.  

Cette histoire est une petite tranche de vie venue tout droit de l’enfance de l’auteure, Fabienne Grandsire. On n’y voit pas la guerre, elle est loin. Mais on en voit les conséquences à travers les yeux d’une enfant.

élément décoratif vague

Un rugissement terrible réveille Camille en sursaut. La nuit est noire, on ne voit rien par la fenêtre. Quel genre de créature peut pousser un cri aussi horrible ?

Apeurée, Camille réveille ses parents pour leur poser la question. La réponse de Maman lui fait un choc. Ce cri, c’est celui du Pireloir. Mais qu’est-ce que ça peut bien être, un Pireloir ? Camille est bien décidée à enquêter.

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La raison pour laquelle je vous parle de ce petit ouvrage ? Parce qu’il a été écrit par ma maman, il y a de cela bien des années, sur quelques feuilles volantes. Je ne me souviens plus comment ces feuillets sont arrivés entre les mains de ma sœur et moi. Nous les avons lus, ils nous ont émues. Alors nous les avons tapés sur traitement de texte, faits illustrer, faits imprimer. Lors des fêtes de Noël de 2010, ma mère a reçu en cadeau le tout premier exemplaire du Pireloir, son texte désormais accompagné des délicieuses illustrations de Chili Con Cacahuete. Elle a accepté que nous le diffusions.

15 ans plus tard, les illustrations sont toujours aussi jolies et les mots toujours aussi touchants. Etant bien consciente d’écrire cela en toute partialité, je vous propose un avant-goût avec le premier chapitre.

Et pour celles et ceux que cela intéresserait, il est disponible sur thebookedition.

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C’est un cri qui la réveille brusquement dans la nuit. D’ailleurs, était-ce bien un cri ? On aurait plutôt dit un genre de meuglement, de beuglement.
Déjà, elle n’est plus tellement sûre d’avoir entendu quelque chose.
Assise dans son lit, qu’elle partage avec sa sœur aînée, elle se demande si elle doit la réveiller.
A travers les persiennes, le lampadaire envoie des raies de lumière orangée. Le cœur encore battant, elle s’apprête à se recoucher quand le cri la fait de nouveau sursauter.

BOOAANIO ERRATOUE !!!

C’est articulé, mais c’est incompréhensible.

Qu’est-ce qui peut bien faire ça ? Un animal ? Pas une vache, en tout cas, et pourtant le cri est fort et profond, ni aucun autre animal qu’elle connaît.
Elle a beau ne pas vivre dans une ferme, elle a assez parcouru tous les chemins du village pour connaître la plupart des animaux de ce petit coin de Normandie. Cette fois, tant pis, elle réveille sa sœur.
– Eh ! Céline, tu dors ? chuchote-t-elle en la poussant du bras. Tu dors ?
– Oui, je dors, laisse-moi tranquille.
– Mais non, tu dors pas, t’as entendu ?
– Quoi ?

Justement, le cri reprend encore une fois. Céline aussi fait un bond dans le lit, elle est bien réveillée maintenant :
– C’était quoi ? demande-t-elle.
– Ben je ne sais pas, mais moi, j’ai la trouille. On va réveiller Maman ?
– On va se faire disputer !
– Tu peux rester là toute seule si tu veux, mais moi j’y vais.
– Attends-moi !
Les deux fillettes sortent doucement de la chambre.
Elles habitent dans la grande bâtisse de la mairie et dorment au premier étage. Tous les autres, leurs parents et leurs frères et sœurs plus jeunes, dorment au deuxième.
En montant l’escalier, elles jettent un coup d’œil prudent par la fenêtre qui donne sur la petite route d’où est venu le cri. On ne voit rien, mais une partie de la route est cachée par la maison du voisin, et de toute façon le lampadaire n’éclaire pas bien loin.
Elles n’ont pas osé allumer la lumière et s’engagent à tâtons dans le long couloir qui mène à la chambre des parents.

C’est Camille qui pousse silencieusement la porte et chuchote dans le noir :
– Maman ?
– Qu’est-ce qui se passe ? demande Maman sur le même ton.
– Il y a quelque chose qui crie dehors et on ne sait pas ce que c’est ! souffle Camille.
– J’ai entendu, ce n’est rien, c’est le Pireloir, allez vous recoucher !
Camille referme la porte aussi silencieusement qu’elle l’avait ouverte.
Aussitôt, Céline demande :
– Alors, qu’est-ce qu’elle a dit ?
– Elle a dit que c’était le Pireloir et qu’il fallait retourner se coucher.
Céline a tout le trajet de retour pour digérer l’information, mais une fois les deux sœurs de nouveau au chaud dans leur lit, elle répète :
– Qu’est-ce qu’elle a dit Maman ?

– Que c’était le Pireloir, je t’ai dit ! répond Camille.
– Et c’est quoi un Pireloir ? demande encore Céline, qui est la plus âgée des deux.
– Je sais pas, mais elle a dit aussi que c’était rien, on demandera demain. En tout cas, j’espère qu’il ne va pas encore crier.
Pendant plusieurs minutes, les deux fillettes écoutent de toutes leurs oreilles, cachées sous les couvertures.
Mais le Pireloir a fini sa chanson, ou alors il est parti chanter ailleurs, et c’est le sommeil qui vient doucement déposer le silence dans les deux paires d’oreilles.

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